Cécile de France : « Être égérie, c’est assez excitant »

Cécile de France : « Être égérie, c’est assez excitant »

19 mai 2024 Non Par Valantine
Les Derniers Buzz

Depuis que Cécile de France était bouleversée parce qu’on l’appelait « la voisine » Les journaux français commencent à évoquer sa « fraîcheur provinciale ». Nous ne savons pas si cela vous plaira davantage, mais on ne peut échapper à l’anxiété identitaire des journalistes : de France est une étoile au-delà des Alpes, mais c’est une étoile au-delà des frontières, elle a le Belgiquevient du nordde ces terres un peu barbares où se font des films à succès (Dans le nordqu’en revenant à l’idée très classique des différences entre le Nord et le Sud, il s’est peut-être un peu inspiré de Totò, Peppino et la… mauvaise femme).

La nuit de Paris et l'âme de la ville : Brassai exposé à Milan

Le fait est que Il cultive rarement son statut de star de France : Dans l’interview, il apparaît délicieusement informel, vêtu d’un pull de montagne à col montant, d’un jean et de baskets. Il ne répond pas aux questions qui ne lui conviennent pas et les justifie en connaissance de cause. Et tiens bon Des questions un peu dénuées de sens sur sa vie privée. (Une journaliste française regrettait récemment de ne pas avoir révélé si elle nourrissait ou non ses enfants Lino et Joy, âgés de 16 et 10 ans, avec des aliments biologiques ou non, et on se souvient d’une collègue américaine qui, en 2010, lors d’une interview promouvant Ci-après, par la suite de Clint Eastwood, il a lâché consterné : « Mais nous ne savons rien d’elle ! »).

Cultiver sa propre légende est presque un deuxième métier et tous les artistes ne veulent pas s’y lancer. Dans son dernier film, portrait d’un amour (en salles le 16 mai après avoir participé aux Rendez-vous du cinéma français à Rome le 3 avril) par Martin Provostréalisateur spécialisé dans les portraits d’artistes (Yolande Moreau en 2008 fut pour lui Séraphine de Senlis dans Serafina), Cécile de France et Marthe Solange, dite Marthe de Méligny, Peintre invisible, protagoniste d’une seule exposition en 1924, connu surtout pour être le modèle et la muse de Pierre Bonnard, l’artiste post-impressionniste qui l’a représentée et photographiée dans des centaines d’œuvres.

Cécile de France avec Vincent Macaigne dans « Portrait d’un amour ».

La renaissance de Marthe et un nouveau nom

Connaissiez-vous son histoire ?
Je ne la connaissais pas du tout et je ne connaissais pas grand-chose non plus de Pierre Bonnard. Ils m’ont donné un tas de livres et c’est seulement à ce moment-là que j’ai découvert que de nombreux intellectuels avaient écrit à leur sujet. Maria Boursin, c’est son vrai nom, a grandi dans une famille paysanne du Berry. Son père était menuisier, sa mère couturière. Ils étaient très pauvres, il y avait des morts de faim dans la famille. Lorsqu’il rencontre Pierre Bonnard, il décide de se rendre. un nouveau nom : Marthe de Méligny, un nom mondain avec une touche aristocratique. Pierre n’a découvert son vrai nom que lorsqu’ils ont décidé de se marier, elle avait 59 ans. J’aime l’idée que c’est son mystère qui a inspiré son art. Il la représente presque toujours de trois quarts, de profil, comme s’il voulait respecter son ambiguïté.

Vous connaissez peut-être l’idée d’être une muse. C’est pour plusieurs cinéastes, Xavier Giannoli et Cédric Klapisch avec qui il débute danshôtel espagnol?
J’aimerais beaucoup qu’ils disent que je suis à eux. muse, mais c’est peut-être un trop gros mot. Et c’est aussi un concept quelque peu dépassé.Ou encore, cela se déroule à une époque très précise où la place des femmes dans la société était réduite, il y avait peu d’espace pour exercer des rôles actifs. Mais si un auteur vous rappelle, vous avez le droit de penser que vous l’inspirez et qu’il a peut-être vous en tête en écrivant le personnage. C’est un sentiment d’euphorie, C’est incroyable de sentir que vous faites partie d’une vision. J’aime cette sensation d’être là avec moi tout entier : mon corps, mes émotions, ma vitalité. Mais cela peut aussi être causé par un réalisateur, le sexe n’a rien à voir là-dedans.

Cécile de France et Vincent Macaigne.

Marthe avait un rapport très libre à son corps et la mise en scène de sa relation avec Pierre est également libre. Les scènes où elle court nue dans la nature sont très belles…
C’était un doublure.

En réalité je pensais avant tout à l’atmosphère, à la façon dont elle accueille le regard de l’artiste sur elle.
Si vous acceptez un rôle comme celui-ci, ce que vous devez faire est clair. une réflexion sur la nudité, tel est le thème du film. En offrant son corps, Marthe provoque chez Pierre une exaltation érotique, qui se transpose sur la toile au moment où il tombe amoureux d’elle, exaltation créatrice qu’il conservera même dans sa vieillesse (le film raconte un demi-siècle d’histoire de l’art et l’amour entre les deux, ndr). C’est évident jusqu’à la dernière image. Et cela en dit long sur cette époque : pourquoi les hommes peignaient-ils des femmes nues ?

Avec cela, elle essaie de le mettre en difficulté. Elle lui demande : pourquoi pas l’inverse, pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas peindre des hommes nus ?
Et pourquoi ne peuvent-ils pas faire carrière ?! En réalité, Marthe n’avait pas de réelle ambition en ce sens, elle dessinait pour transférer ses douleurs sur papier, pour exprimer son monde intime, son lien avec la nature, le quotidien, les animaux, les choses qui l’émerveillaient. Le sien, ainsi que celui des modèles de l’époque, est un nu typique d’une époque, ce n’est pas le même que celui d’aujourd’hui.

Il n’y a aucune question sur Gérard Depardieu

La nature est importante dans le film et dans la relation de couple. Pierre et Marthe partent vivre dans la maison dans la forêt et là ils trouvent enfin leur dimension. Il y a quelque temps, vous avez signé une pétition intitulée « Le plus grand défi de l’humanité » appelant à une action contre le réchauffement climatique. Vous sentez-vous appelé à donner votre avis sur ce sujet ou sur d’autres sujets ?
Je ne suis ni un militant ni un activiste. J’ai l’impression d’être plutôt un médiateur. Je suis un artiste et je m’inquiète lorsque je choisis un projet pour évaluer le message que j’envoie au monde. Je vais m’arrêter là.

Les films d’époque envoient souvent des messages en bouteille sur le présent : celui-ci aborde un sujet très moderne : la relation entre le masculin et le féminin dans l’art. Comment évaluez-vous le changement en cours ?
Nous assistons à une révolution, une prise de conscience. C’est seulement maintenant que je réalise que pendant longtemps mes rôles ont été « épouse de », « petite amie de », « confidente de », « amante de ». Je suis heureuse de découvrir qu’il existe de nouveaux mondes à explorer et qu’ils couvrent tous les âges. Ce n’est plus seulement la femme jusqu’à la ménopause qui peut parler d’elle. Jusqu’à la mort, il y a quelque chose à dire…

Il a travaillé sur deux films avec Gérard Depardieu…
Je ne réponds pas aux questions sur Depardieu. (L’acteur français est accusé de viols et de harcèlement par plusieurs femmes. Il a toujours nié ces accusations, ndr)

Comme?
Je ne réponds pas parce que j’ai déjà vécu l’expérience : je fais toute une interview sur quelque chose qui, en tant qu’actrice, m’intéresse beaucoup, un dialogue public qui vise à inciter les gens à aller au cinéma, à découvrir une nouvelle chapitre de mon histoire. Vient ensuite cette question et c’est tout ce qui reste dans l’article. Et généralement, ils nous donnent même le titre.

Stacy Martin et Cécile de France au festival de Cannes où le film a été présenté (Photo de Rocco Spaziani/Archivio Spaziani/Mondadori Portfolio via Getty Images)

Alors, mieux vaut ne pas sortir de sa zone de confort ?
Nous devons le faire, grandir en tant qu’artistes et en tant que personnes.

La manière dont est né le désir d’être artiste est toujours un fait éloquent. La légende raconte que Benoît Poelvoorde, originaire de Namur, au fin fond de la Belgique, passait souvent par le bar de ses parents. Et qu’il est allé acheter des bonbons à l’épicerie de la mère de l’acteur qui sera plus tard le protagoniste de Dieu existe et vit à Bruxelles éd Émotionnels anonymes.
Exactement, c’est une légende. J’étais toute petite et lui était très jeune, il devait avoir entre 18 et 20 ans, je n’ai pas de souvenir précis, mais en tout cas ce n’était pas une rencontre avec une star. De jeunes artistes désireux de changer le monde passaient souvent devant le café de mes parents, au centre de Namur. Ils ont bu une bière et ont discuté de leurs projets en matière de musique, de théâtre et d’avenir. Il se passe beaucoup de choses dans les cafés belges.

Elle était la protagoniste de l’un des premiers épisodes de Dix pour-cents, la série sur laquelle il était alors basé Appelle mon agent! Tout cela semblait très réaliste : l’actrice européenne rejetée par Hollywood en raison de son âge. En fait, j’étais allé à Hollywood et j’avais travaillé avec Clint Eastwood. Quelle part d’elle, de son statut d’actrice, y avait-il pendant ces 30 minutes ?
Il y avait juste un bon scénario. C’était un personnage comme les autres. Je ne me reconnais pas du tout en lui. Le cinéma et la télévision racontent des contes de fées.

© TOUS DROITS RÉSERVÉS